Autodéfense sanitaire et consentement : une impasse ?
Ce post est une réaction à cet article par Lia sur le consentement et l'autodéfense sanitaire
Avant propos
Je tiens à dire que je ne suis pas en désaccord avec l'article, ceci n'est pas une attaque de l'autaire ni une critique fondamentale de son propos. On est je pense pas en désaccord. Ça se veut une mise en perspective et une participation à la réflexion sur comment faire au mieux pour articuler les discussions autour de l'autodéfense sanitaire. Et j'essaie d'élargir la question un peu.
Mes deux sous à moi
Mon petit avis, c'est que la discussion autour du consentement dans ce cas est une impasse. Il s'agit pas de consentement. Le concept est un peu séduisant en vrai. Mais j'ai vraiment l'impression qu'on se heurte à un piège individualiste : celui de la liberté individuelle.
Hors quand on parle d'autodéfense sanitaire, on parle pas uniquement d'interaction entre individu, on se situe à la jonction entre individu et société : on est ensemble dans un espace que l'on partage et de règles communes.
Il est admis que mettre une gifle à quelqu'un, c'est de la violence et ça se fait pas parce que c'est une violence et ça blesse. Dans les valeurs de la gauche, y'a le fait de limiter la douleur et la violence dans nos sociétés. Pourtant, une gifle consentit ça existe : dans les sports de combat, dans le BDSM. Mais est-ce que c'est vraiment le meilleur angle ici, le consentement ? Il me semble que le problème est pas le consentement mais la règle commune : on ne fait pas de la violence a quelqu'un. Le but de la règle commune est de pouvoir partager les espaces : si je suis dans un lieu où je sais que la règle c'est que n'importe qui peut me mettre une gifle, alors je suis pas en sécurité. Sois je viens avec un casque, sois je viens pas.
Pour moi, si on n'impose pas que la règle commune, c'est se portéger les uns les autres, alors c'est que la priorité du groupe n'est pas de faire communauté, faire société, mais de faire groupe avec seulement la partie confortable de cette dite communauté. C'est protéger les gens que contre ce qu'on a décidé qui comptait, et donc implicitement dire "si la règle commune te convient pas, c'est pas important que tu puisses venir ou pas".
Je peux pas résister à penser à Hannah Gasby et son spectacle Douglas, a propos des personne anti-vaccin1 :
you're not playing for the team. And if you don't want to play for the team why the fuck are you even having children? Get a pet a rock!
Qu'on peut traduire ainsi :
Tu ne joues pas pour l'équipe. Et si tu n'as pas envie de jouer pour l'équipe qu'est-ce que purin tu fous a avoir des enfants ?! Prend une pierre de compagnie !
Le consentement à la vaccination n'est pas tellement la question, la question est : est-ce que tu veux faire parti du même ensemble sociale que moi ? Si oui, es-tu prêt à en respecter les règles et garantir ma sécurité ? Si ton intérêt dans la participation à la communauté est sélectif, si ton empathie est sélective, si qui est humain pleinement est sélectif : on est pas complètement dans la même équipe et t'as pas vraiment envie de faire partie de ma communauté/société à égalité avec moi.
On est pas nécessairement adversaire attention ! Mais tu me dis implicitement : « je suis ok à faire de la violence envers toi ».
Et si vous suivez depuis un moment, vous me voyez venir à des kilomètres : c'est une question de pouvoir.
Parce que ici, ce qui est dit, c'est que la personne refusant de mettre en place des mesures de protection peut se le permettre. Iel a le pouvoir de nous mettre en danger ou non. On est vulnérable, et iel non2.
Pour continuer de faire des liens et illustrer pourquoi le consentement me paraît une impasse, je renvoie ici à la vidéo de the alt-right playbook — didoing où l'auteur prend l'exemple des "content warning"3.
Et je citerai le passage de 4:52 à 4:57, que je traduis directement:
oui, j'ai bien du pouvoir sur toi… et tu devrais me laisser l'avoir.
Quand on parle de "content warning", la discussion sur le consentement n'est pas la plus pertinente à la lumière de cette analyse, il me semble. Il s'agit de qui a du pouvoir sur qui et est libre de l'exercer, ou non.
Il me semble que c'est ça, la logique de fond qu'il faut réfuter. Et si le consentement permet d'y arriver, je pense que c'est un outils assez mal adapté.
- Ici je me permets de glisser que le mouvement anti vaccins est aussi un mouvement antisémite avec des liens très importants avec les mouvements d'extrême droite ↩︎
- Ou du moins le croît-elle parce que quand on parle de covid, iel est en danger aussi et l'ignore. ↩︎
- Avertissement sur le contenu : message avant un media quelconque prévenant de ce qu'il contient qui pourrait choquer ou déclencher une crise chez certaines personnes ↩︎