BDSM et genre : un flux permanent
Le texte suivant a été écrit sur le Fédiverse à l'origine
La relation entre BDSM et genre est intéressante et difficile à exprimer de façon satisfaisante je trouve.
J'ai envie d'être soumise. Et spécifiquement envie de mot accordés au féminin dans ce cadre là. Mais j'ai pas envie de me sentir être une meuf, pas que. Mais en même temps, être spécifiquement "une salope soumise" dans un expression féminine de ce concept, c'est ce que je veux. Parfois, me sentir comme un mec soumis, ça me parle fort.
En fait, c'est un mouvement perpétuel au sein d'une "scène". C'est pas que dans le BDSM, et je fais pas de BDSM ces temps-ci et depuis un moment. Mais je sais bien que j'ai envie d'être un mec, que j'ai pas envie d'un début d'interaction qui me fasse me sentir trop meuf. Et plus je plonge dans la scène, plusse j'ai envie qu'on me prenne en compte de façon féminine. Tout en étant rassuré de temps en temps que mon corps n'est pas un "corps de meuf/femme" (cause it's not). Tout ce mouvement, j'ai pas envie qu'il amène a imaginer que j'ai envie de me sentir un mec qu'on féminise, c'est pas un fantasme d'être "fait femme". Y'a évidemment le concept de non-binaire qui vient vite en tête en lisant ça j'pense. Sauf que "non-binaire", c'est trop large, trop flou et surtout ça décrit pas un processus. Il s'agit pas de me sentir ou d'être non-binaire. Il s'agit d'être un mec. D'être une meuf. De changement d'états. De se laisser porter par le chaos de la tête, se laisser balader. Je suis pas non-binaire. 'fin techniquement peut-être. Mais j'parle de BDSM, c'est pas la technique, la scémantique littérale qui compte. Ce sont les émotions. Et les mots n'ont pas, ici, a être cohérent ou clair. Ils ont à me satisfaire quand je les énonce, que je puisse me dire "it's right" (c'est juste).
La difficulté, c'est que j'aimerai que mes envies soient suivies d'assez prêt pendant une scène et comme ça se déplace sans que je sache prédire - parce que je suis encore en train de découvrir cette, très littéralement, dynamique - c'est difficile d'envisager pouvoir anticiper en amont. Sauf qu'évidemment, comment quelqu'un pourrait suivre mes désirs si je les communique pas ? Tout ça intégré dans des scènes BDSM ou j'ai justement pas envie de devoir communiquer, autant que possible. J'y cherche avant tout l'abandon de mes responsabilités et du lacher prise. "No thoughts, head empty" en somme.
C'est pas du tout irréconciliable et je pense la barrière principale, c'est le fait que je sois justement en train de découvrir et que j'ai pas d'endroit ou explorer ça. Par manque de pratique, forcément ça avance pas.
Bref, ce qui m'intéresse fort dans ces aspects de comment je vis les choses, c'est le rapport au genre si fluctuant. Je le vois vraiment comme un joli flux au mouvement doux. Une circulation de perception. J'ai vraiment une simulation de fluide en tête en pensant à ça, j'aurai limite envie de la modéliser moi-même pour vous donner une idée.
Envie d'être un mec, d'être une soumise, d'être une salope (ce qui peut être masculin ou féminin, je le dis avec les même mots). J'aime pas mes seins parce que j'aimerai être un mec sans sein, mais en même temps être une meuf dont on touche les seins c'est cool.
Being a perpetual movement
J'trouve ça passionnant que quelqu'un puisse le vivre comme ça. Et d'imaginer la myriade de possibilités qui existe chez d'autres. Et j'crois que je suis fier a priori, parce que je me dis que même si j'suis pas unique dans ce truc, c'est quand même pas une façon majoritaire de vivre son corps, son rapport au genre et une complexité fort bienvenue même si elle est pas du tout triviale à naviguer. Du coup, fier d'avoir, a priori, des choses a proposer, des choses que je vis, et donc à raconter. Des propositions qui soient créatives.