Joie handie

  • Catégorie : Le Reste
  • Publié le : Sat 08 November 2025
  • Autaire : Irrlicht

Dans le post suivant, je réagi à un évènement avant d'expliquer ce qui s'est passé

J'ai l'impression de découvrir un truc assez spécifique au fait d'être handicapé. C'est pas la première fois que je vis quelque chose comme ça, mais je ne me souviens pas avoir déjà ressenti l'émotion qui me traverse le soir où j'écris ces mots.

J'ai annulé d'aller à un évènement ce soir. Parce que je suis trop fatigué.

J'avais très envie d'y aller. Vraiment. J'm'étais préparé, avec une certaine attention à ma tenue. Je me faisais déjà des fantasmes sur la soirée. Et puis je voulais y aller avec une personne que j'aime, qui me parle de cette soirée depuis un moment. Iel était enthousiaste, j'avais tellement envie de ce moment ensemble !

Mais je sentais le poids dans le dos. La fatigue qui tire. Une voix dans la tête noust murmurer qu'onst est pas en état. Je savais très bien que 2h de soirée, sans compter le trajet en métro, c'était la garanti de rentrer rincé. J'ai dit à maon accompagnateurice que je ferais pas un meltdown en rentrant : mais comment en être sûr ? Si je suis honnête, y'avait une chance sur deux. Dire que ça n'arrivera pas, c'est juste un mensonge. Si je m'étais posé la question de mon niveau d'énergie, j'aurai dit : 15%. Pour noust, c'est le niveau réserve. Onst ne doit puiser dans ces dernières ressources qu'en cas de nécessité, urgence ou coercition. Alors, on a dit « désolé, on peut pas venir ». Et la réponse fut « d'accord ». Simple.

La première émotion qui m'a traversé, c'est de la tristesse. Je voulais pleurer (mais c'est pas arrivé).

Et maintenant, je suis dans mon lit. Installé'e avec la perspective que je vais pouvoir prendre soin de moi, rien compenser, pas être angoissé, pas porter un masque, rien gérer de social. Juste moi, et mon corps. Et on prend soin l'un de l'autre. Être au calme. Le dos qui se relâche. J'accepte même de "trop" être sur les réseau sociaux : oui, j'aime pas. Oui, je préfèrerai être productif en me reposant, pour pouvoir travailler plusse tard. Sauf que là, le repos, c'est prendre soin des émotions. Et que ça, cerveau dit : on évacue en parlant sur les réseaux sociaux. En s'exprimant publiquement. Alors « d'accord ». Simple.

Onst a une soirée à noust. Et c'est positif d'avoir une soirée à noust.

Et là, dans cet instant, y'a une forme de soulagement. Je me sens juste bien. Pas euphorique ni triste. Bien. Qu'est-ce que je me sens apaisée de prendre le temps de me reposer. Le seul effort que j'ai envie de faire, c'est celui de mettre en place des choses pour être confortable. En dépensant le moins d'énergie possible.

Un moment à noust.

En s'installant dans le lit pour trainer, onst a ressenti une émotion. D'instinct, j'aurai pas su la nommer. Et puis j'ai réfléchi, et au moment où je voulais partager cette émotion sur le Fédiverse, en noust ont résonné ces mots : joie handie.

Je crois qu'en effet, c'est une joie particulière, typique de à mon statut d'handicapé (mais sans aucun doute non exclusive, ni caractéristique) que de renoncer à son devoir sociale, à la pression, au circuit normal, facile dans la tête pour dire : non. Ou stop. Je sais de quoi j'ai besoin. Pour moi. Et je vais le faire. Je vais pas piocher dans mes batteries pour relaxer les angoisses.

Sans un entourage compréhensif. Ça n'arriverait pas. Et heureusement la personne avec qui je voulais y aller terriblement, est compréhensif've et m'a fait sentir légitime de pas y aller. Merci à iel.

J'écris parce que découvrir cette émotion là, je trouve ça fou : j'suis heureux de pas faire. D'annuler. De briser mes règles internes. De pas continuer les cycles. Et l'enthousiasme de cette émotion ouvre l'horizon sur le futur : et si ça pouvait devenir ça nostre vie ? Ne plu forcer 24/7. Ne plu se pousser parce qu'il faut dépasser ses difficultés et se prouver à soi et aux autres qu'on peut encaisser. Si le futur, c'était partir de cette table parce que y'a trop de bruit. Mettre sa casquette et ses lunettes de soleil en plein hiver dans le métro pour économiser son énergie. Dire non à des gens parce qu'on sait qu'on peut pas. Poser les conditions d'une rencontre et si elles ne sont pas remplies, savoir dire « tant pi ». Faire tout ça sans honte, sans hypervigilance, sans colère ni soumission. Trouver la sérénité dans le fait d'être limité plusse que ce que les autres nous ont renvoyé, et plusse que ce qu'onst attendait de noust-même.

Quand je vois la vie comme ça. Je me dis que c'est peut-être pas si grave d'être handi. Ça fait moins peur. Parce que je ne voyais que comme une corvée, une limite, une punition, l'injustice de pas pouvoir en faire plusse que moi-même et autant que les autres… En fait, ça peut faire du bien.

C'est un mélange de soulagement et de fierté : de la joie handie.